
Le World Economic Forum (WEF) a dévoilé, ce 14 janvier 2026, la 21ème édition de son rapport phare sur les risques globaux (Global Risks Report). En Tunisie, l'enquête menée par l'IACE (Institut Arabe des Chefs d'Entreprises), partenaire officiel du Forum, révèle un constat alarmant : alors que le monde s'inquiète de guerres et de climat, la Tunisie est dominée par des urgences économiques et sociétales.
Les résultats pour la Tunisie marquent une rupture nette avec les préoccupations mondiales. Si les années précédentes (2024-2025) avaient vu la pénurie d'eau s'imposer comme une menace majeure, l'année 2026 voit les risques environnementaux disparaître totalement du Top 5 tunisien.
Pour les décideurs et experts interrogés en Tunisie, l'urgence n'est plus climatique ou technologique, elle est vitale et quotidienne. Le classement des 5 risques les plus pressants pour la Tunisie en 2026 est sans appel :
Le spectre du chômage : En tête de liste, l'insuffisance des opportunités économiques et le chômage structurel.
L'effondrement des services publics : Une inquiétude grandissante concernant la défaillance de l'État dans la fourniture de services de base (éducation, infrastructures, santé) et la fragilité des systèmes de protection sociale (retraites).
Le ralentissement économique : La peur de la stagnation, voire de la récession.
Le surendettement : Une crise de la dette qui touche à la fois le secteur public, les entreprises et les ménages.
L'inflation : La hausse persistante du coût de la vie qui ferme la marche de ce classement.
Ce recentrage sur la survie économique distingue la Tunisie (et plusieurs pays arabes) des pays développés, où l'Intelligence Artificielle et la cybersécurité dominent les débats.
À l'échelle internationale, le rapport du WEF peint une toiture bien différente. Pour 2026, le monde est avant tout préoccupé par la stabilité des relations internationales.
À court terme (2026) : C’est la confrontation géoéconomique qui arrive en tête (citée par 18% des répondants mondiaux), suivie de près par les conflits armés (14%). La polarisation sociétale et la désinformation complètent ce tableau sombre.
À long terme (Horizon 2036) : La perspective change radicalement. D'ici dix ans, les risques géopolitiques devraient s'estomper pour laisser place à une domination absolue des risques environnementaux (événements météo extrêmes, perte de biodiversité) et technologiques (effets néfastes de l’IA).
L'analyse régionale montre que si la Tunisie partage ses inquiétudes économiques (inflation, dette) avec des pays comme l'Égypte ou la Jordanie, des exceptions notables existent.
Le Maroc, par exemple, maintient la crise environnementale (pénurie d'eau) dans ses priorités (4ème rang). De leur côté, les pays du Golfe comme l'Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis s'alignent davantage sur les standards globaux en plaçant les risques technologiques liés à l'IA dans leur Top 3.
Ce rapport 2026 met en lumière un fossé grandissant. D'un côté, un monde globalisé qui craint la fragmentation géopolitique et l'effondrement climatique futur. De l'autre, une Tunisie dont l'horizon de risque est immédiat, focalisé sur la capacité de son économie à fournir emplois et services de base à sa population.
Comme le souligne l'IACE, l'objectif de cette analyse est de doter les décideurs d'une capacité d'anticipation. Pour la Tunisie, le message est clair : la résilience passera impérativement par la résolution de la crise socio-économique avant de pouvoir affronter les défis globaux de demain.