

Alors que la guerre en Iran fait rage et soutient un Brent au-dessus des 80 dollars ce mardi 3 mars, Bloomberg alerte sur un tournant critique. La fermeture potentielle du détroit d'Ormuz, artère vitale par où transite 20 % de l'or noir mondial, pourrait propulser le baril jusqu'à 108 dollars selon les modélisations de l'agence.
Face à l'intensification du conflit, les analystes de Bloomberg ont échafaudé plusieurs trajectoires pour les semaines à venir. Si les hypothèses d'un cessez-le-feu ou d'un changement de régime restent envisagées, c'est le scénario d'une guerre prolongée ciblant les infrastructures énergétiques qui domine les inquiétudes. Les modèles prédictifs, basés sur les précédents historiques, sont formels : une perte de 1 % de l'offre mondiale entraîne mécaniquement une hausse des prix de 4 %. L'Iran pesant pour environ 5 % de la production globale, l'arrêt de ses exportations ferait déjà bondir les cours de 20 %. Toutefois, le verrouillage complet du détroit ferait basculer les marchés dans une autre dimension, propulsant les prix vers le seuil redouté des 108 dollars.
Une telle flambée des cours opérerait un redécoupage brutal de la carte économique mondiale, transférant massivement les richesses des importateurs vers les producteurs. Dans cette configuration, les États-Unis feraient figure de résilients : grâce à l'essor du pétrole de schiste qui les a transformés en exportateurs nets, l'impact macroéconomique sur leur croissance resterait limité, même si les consommateurs américains souffriraient à la pompe. La situation serait en revanche critique pour les géants asiatiques et européens. La Chine, l'Inde et l'Europe, lourdement dépendantes des importations, subiraient de plein fouet une poussée inflationniste couplée à un ralentissement de leur activité.
Paradoxalement, les pétromonarchies du Golfe comme l'Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis se trouveraient dans une position délicate. Si la hausse des prix leur est théoriquement favorable, ces gains risqueraient d'être anéantis par l'impossibilité d'exporter leur propre brut via un détroit bloqué, sans compter l'explosion des coûts sécuritaires pour protéger leurs installations. Les véritables gagnants de ce chaos seraient finalement les producteurs géographiquement éloignés du conflit, tels que la Russie, le Canada ou la Norvège, qui verraient leurs revenus s'envoler sans exposer leurs infrastructures.