

Les échanges commerciaux de la Tunisie ont clôturé l'année 2025 sur une note contrastée. Selon les dernières données publiées par l’Institut National de la Statistique (INS), le déficit commercial s'est creusé pour atteindre 21 800,3 millions de dinars (MD), contre 18 927,6 MD en 2025. Cette détérioration du solde résulte d'une dynamique inégale entre les importations, qui progressent de manière soutenue (+5,5%), et les exportations qui affichent une croissance plus timide (+2,6%).
Cette évolution divergente a mécaniquement impacté le taux de couverture de l'économie nationale, qui perd plus de deux points pour s'établir à 74,5%, marquant un recul par rapport aux 76,6% enregistrés en 2024.
Du côté des ventes tunisiennes à l'étranger, qui ont totalisé 63 695,1 MD, la performance globale masque des réalités sectorielles très disparates. Le secteur des mines et des phosphates confirme sa bonne santé avec un bond significatif de 15%, soutenu également par les industries mécaniques et électriques qui maintiennent leur trajectoire haussière (+8,7%).
Cependant, ces performances n'ont pas suffi à compenser les replis observés dans des secteurs clés. Le secteur de l'énergie a subi une chute brutale de ses exportations de 30,2%, conséquence directe de la baisse des ventes de produits raffinés. Par ailleurs, le secteur agroalimentaire a vu ses recettes reculer de 7,4%, pénalisé par la diminution de la valeur des exportations d'huile d'olive, passée de 4,8 milliards à 4,1 milliards de dinars. Le secteur textile, habillement et cuirs marque lui aussi le pas avec une légère contraction.
Le volume des achats de la Tunisie a franchi le seuil des 85 milliards de dinars, tiré par une demande intérieure vigoureuse. Cette hausse de 5,5% s'explique essentiellement par l'accroissement des acquisitions de biens d'équipement (+14,4%) et de biens de consommation (+11,7%). Les importations de matières premières et demi-produits suivent cette tendance avec une augmentation de 6,8%.
Paradoxalement, la facture des importations de produits énergétiques et alimentaires a baissé respectivement de 6% et 8,4%, mais cela n'a pas suffi à endiguer la hausse globale des flux entrants.
L'analyse de la structure du déficit commercial met en lumière le fardeau structurel de l'énergie. Le déficit de la balance énergétique s'élève à lui seul à 11 143,9 MD, représentant plus de la moitié du déficit total.
Une note positive émerge toutefois de ce rapport : la balance alimentaire reste excédentaire de 1 279,9 MD, apportant un soutien indispensable aux réserves de change, bien que le déficit commercial hors énergie reste élevé à 10 656,4 MD.
Sur le plan géographique, l'Union Européenne consolide son statut de client hégémonique en absorbant 69,9% des exportations tunisiennes, générant une recette de 44 527,8 MD. Cette dynamique est principalement portée par une accélération notable des ventes vers l'Allemagne (+10,7%) et la France (+10,1%), alors que les échanges avec les partenaires du sud de l'Europe s'essoufflent, comme en témoigne le recul marqué des exportations vers l'Italie (-9,5%) et l'Espagne (-4,1%).
Côté approvisionnements, la hiérarchie des fournisseurs subit un bouleversement majeur. Si l'UE pèse encore 37 321,2 MD, la Chine opère une percée spectaculaire en tant que premier fournisseur individuel du pays. Avec des flux ayant bondi de 20,2%, l'Empire du Milieu s'accapare désormais 12,9% du marché tunisien de l'importation, reléguant au second plan les fournisseurs historiques que sont l'Italie (11,6%) et la France (10,9%).