
L'Institut Arabe des Chefs d'Entreprises (IACE) a publié les résultats de son enquête « CEO 50 », analysant les priorités des dirigeants tunisiens face à l’instabilité. Ce rapport met en lumière un secteur privé qui, bien que résilient, privilégie une stratégie de consolidation défensive.
L'analyse révèle que 62 % des entreprises interrogées ont atteint leurs objectifs de rentabilité en 2024. Cependant, cette performance financière ne se traduit pas par une dynamique d’investissement vers l’innovation ou la diversification.
Les données de l'enquête montrent que l’investissement reste majoritairement tourné vers la gestion de l’existant. Les choix d'allocation du capital se répartissent comme suit :
46 % des investissements sont consacrés au remplacement d’équipements amortis.
33 % sont dédiés à l’extension du périmètre actuel de l’entreprise.
L'innovation et la diversification ne représentent respectivement que 12 % et 9 % des ressources investies.
Cette prudence stratégique est dictée par la nécessité de sécuriser la performance immédiate. Le rapport souligne que les projets disruptifs sont systématiquement différés en l'absence de visibilité.
Selon les dirigeants sondés, le risque économique n'est pas la préoccupation première. Le blocage majeur réside dans l'incapacité à anticiper les règles du jeu. L’enquête identifie plusieurs freins systémiques :
L’instabilité réglementaire et fiscale : Elle est citée comme le principal facteur de vulnérabilité, augmentant les coûts de conformité et freinant la planification à long terme.
La concurrence informelle : Elle touche 44 % des entreprises, réduisant les marges et l'intérêt d'investir dans la différenciation qualitative.
Le déficit d'innovation : Pour 31 % des CEO, la fragmentation des écosystèmes technologiques limite la montée en gamme.
L'accès au financement : Un obstacle majeur pour 27 % des répondants, particulièrement pour les projets à profil de risque élevé.
L’IACE établit une comparaison internationale montrant que la posture tunisienne est essentiellement défensive. Contrairement au Brésil, où les entreprises investissent proactivement dans l'innovation malgré la bureaucratie, ou au Maroc, où les secteurs exportateurs maintiennent une forte capacité d’initiative face à la volatilité des prix, les CEO tunisiens préfèrent stabiliser leurs opérations avant d'envisager des projets à forte valeur ajoutée.
Pour débloquer ce potentiel d’investissement, l’enquête conclut sur l’urgence de réformes ciblées :
La stabilisation du cadre fiscal pour clarifier les trajectoires de réformes.
La simplification administrative via la numérisation pour réduire les délais opérationnels.
Le renforcement du financement productif afin de soutenir les projets innovants.
L'IACE prévoit désormais de transformer cette enquête en un baromètre régulier de perception pour suivre l’évolution de ces indicateurs et éclairer les politiques publiques.