
Invité ce mercredi de Wassim Bel Arbi dans l'émission Expresso sur les ondes d’Express FM, au lendemain des intempéries qui ont paralysé une partie du pays, Aslan Berjeb, président de la Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie (CONECT), a livré une analyse lucide de la situation économique. Au-delà du constat des dégâts, il a plaidé pour une réforme profonde de l'administration via le numérique et une diversification stratégique des alliances internationales.
Revenant sur les pluies diluviennes ayant causé la paralysie de plusieurs gouvernorats et des pertes humaines tragiques, le président de la CONECT a refusé de s'en tenir à une comptabilité macabre ou purement financière immédiate. Pour Aslan Berjeb, ces événements climatiques extrêmes, appelés à se répéter, doivent impérativement pousser la Tunisie à repenser la résilience de ses infrastructures. Il ne s'agit plus de gérer une crise isolée, mais d'adapter le tissu économique et logistique à une nouvelle donne environnementale.
C'est sur le volet de l'investissement que Aslan Berjeb a été le plus incisif. Alors que le débat public se focalise souvent sur la révision du Code de l'investissement de 2016 ou du Code des changes, le président de la CONECT estime que le véritable frein est ailleurs : dans le « terrain » et la lourdeur administrative.
« L'urgence absolue est la mise en service effective de la plateforme numérique de l'investissement », a-t-il martelé. Ce projet, bloqué par des frictions interministérielles, est pourtant la clé de voûte de la relance. Pour Berjeb, permettre à un investisseur – tunisien ou étranger – de créer son entreprise, d'obtenir sa patente et son identifiant fiscal en quelques clics changerait radicalement la perception du climat des affaires en Tunisie, bien plus que n'importe quelle réforme législative théorique. Il dénonce par ailleurs la persistance des « cahiers des charges » qui agissent trop souvent comme des « licences déguisées », freinant la liberté d'entreprendre.
Analysant la résilience du tissu économique, Aslan Berjeb a souligné le fossé grandissant entre les grands groupes et les PME/TPE. Si les premiers parviennent à afficher une croissance à deux chiffres grâce à leur diversification horizontale et leur accès facile au financement et aux marchés internationaux, les PME – qui constituent l'immense majorité du tissu économique – restent vulnérables. Il appelle à un meilleur accompagnement bancaire pour ces structures, notamment pour leur accès aux marchés extérieurs, citant l'absence de banques tunisiennes capables de jouer ce rôle de levier à l'international.
Sur le plan géopolitique, le président de la CONECT invite à une redéfinition du concept de souveraineté. Celle-ci ne doit plus être uniquement industrielle ou militaire, mais aussi numérique (data, IA) et alimentaire.
Tout en rappelant que l'Union Européenne reste le partenaire incontournable de la Tunisie, Aslan Berjeb prône une diversification intelligente des alliances, notamment vers l'Afrique et le Moyen-Orient. Il ne s'agit pas de rompre avec le Nord, mais de capter de nouvelles opportunités de croissance là où elles se trouvent, en exploitant le capital confiance dont jouit la Tunisie sur le continent africain.
Enfin, Aslan Berjeb a mis en lumière le potentiel inexploité de certains secteurs, comme l'agriculture (qui doit être vue comme un secteur économique et non social) ou l'industrie pharmaceutique. À ce titre, il a annoncé la tenue des Journées du Parapharmaceutique (JPT), organisées par la CONECT ces vendredi et samedi au Palais des Congrès. L'événement vise à structurer toute la chaîne de valeur du secteur, du fabricant au distributeur, illustrant la volonté de l'organisation patronale de passer des constats aux solutions concrètes.