

Dans sa dernière note publiée ce 2 février 2026, l'agence de notation S&P Global Ratings livre une analyse prudente du secteur bancaire tunisien. Si le remboursement de la dette extérieure a été assuré, l'agence pointe du doigt une croissance économique insuffisante, une qualité d’actifs dégradée et une dépendance accrue envers la Banque Centrale.
L'horizon 2026 s'annonce complexe pour les banques tunisiennes. Selon le dernier rapport de S&P Global Ratings, intitulé « Tunisian Banking Outlook 2026 », la rentabilité et la croissance du secteur resteront bridées par un environnement macroéconomique atone. L'agence table sur une croissance du PIB de seulement 1,7 % pour 2026, un rythme jugé insuffisant pour stimuler l'investissement public et privé, faute de réformes structurelles majeures.
Conséquence directe de ce ralentissement économique : les banques peinent à développer leur activité. S&P anticipe une croissance des crédits limitée à environ 3 % par an. Bien que la consommation privée montre des signes de reprise et que la récente baisse des taux directeurs par la Banque Centrale de Tunisie (BCT) puisse alléger le coût de l'emprunt, l'inflation persistante et les critères d'octroi stricts continuent de peser sur la demande.
C'est l'un des points noirs du rapport. La qualité des actifs bancaires reste préoccupante. S&P projette que les créances douteuses (NPLs) représenteront près de 16 % du portefeuille total des prêts au cours des 12 à 24 prochains mois.
Le coût du risque demeurera élevé (environ 150 points de base), et la couverture de ces mauvaises créances par les provisions reste modeste (55 % à mi-2025). Cette situation limite la capacité des banques à absorber d'éventuels chocs futurs, d'autant que plusieurs petits établissements opèrent toujours en deçà des exigences minimales de fonds propres.
Le rapport met en lumière la mécanique de survie financière de la Tunisie. Le pays a réussi à honorer sa dette commerciale extérieure en 2024-2025 grâce au financement direct de la BCT et à la bonne tenue des transferts de la diaspora.
Pour 2026, la pression se relâche légèrement avec des échéances de dette externe plus modestes (816,7 millions de dollars). Cependant, S&P avertit : « Une dépendance excessive à l'égard de la BCT pourrait miner la crédibilité monétaire et alimenter l'inflation. »
De plus, l'exposition des banques à l'État s'accentue. L'encours des banques sur la dette souveraine et les bons du trésor a atteint 30 milliards de dinars en juin 2025 (16,5 % des actifs totaux), sans compter 19 milliards de dinars prêtés aux entreprises publiques. Une concentration des risques qui lie intimement la santé des banques à celle des finances publiques.
Malgré des marges confortables, la rentabilité des banques tunisiennes reste plombée par des coûts opérationnels rigides et un retard technologique. Les réseaux d'agences physiques, coûteux, et une digitalisation à la traîne par rapport aux marchés émergents comparables absorbent plus de 40 % des revenus.
S&P prévoit ainsi un retour sur fonds propres (ROE) de 11 % en 2026, un niveau qui ne permettra pas de renforcer significativement la capitalisation des banques sans apport extérieur.
En résumé, à condition que la situation souveraine reste maîtrisée, le secteur bancaire évolue sur une ligne de crête, vulnérable aux chocs externes (prix du pétrole, ralentissement en Europe) et tributaire d'une relance économique qui tarde à se concrétiser.