

La finance évolue silencieusement et irréversiblement chaque jour dans la région. Le Maroc vient de décréter la fin du monolithisme dans les OPCVM (qu’on connait sous le nom de fonds, SICAV, etc.) par la Loi 3-25 qui concrétise un changement de perspective : l’accélération de la désintermédiation financière et l’émergence de nouvelles classes d'actifs.
C’est une réforme à voir sous l'angle de la finance alternative et de la gestion structurée, un changement de paradigme où on passe d'une finance qui "gère" à une finance qui "agit". C’est l’instauration d’une finance "hybride" capable d'irriguer l’économie réelle.
En s'alignant sur des standards internationaux (UCITS), le texte s’aligne sur le même diapason que les fonds souverains ou les Européens, ôtant ces barrières mentales qui freinent. Cette option fondamentale est renforcée par l’adoption de mécanismes comme le gating dans les ETF, qui permet aux investisseurs de revendre sans faire plonger le marché.
Cette approche de finance hybride permettra de donner naissance à une nouvelle génération d’OPCVM peuvent être des "Game Changer" pour la Bourse et les IDE.
L’esprit du texte fait que l'OPCVM, le Crowdfunding et les ETF convergent pour irriguer l'économie réelle au travers de trois piliers :
L’introduction des OPCVM à Règles d’Investissement Allégées (RIA), destinés aux investisseurs avertis (qualifiés), brise le carcan de la gestion indicielle classique. Ces fonds, plus flexibles, permettent des stratégies concentrées sur des secteurs de niche ou des champions industriels. C’est le chaînon manquant entre la gestion de bon père de famille et le capital-investissement pur. C'est le vecteur idéal de stratégies de type Hedge Funds ou Private Equity-like au sein de la structure
Avec les OPCVM RIA, on crée un véritable "dealflow", puisqu’on prépare les pépites de demain (Startups et PME) à la cotation, l'OPCVM étant l’antichambre avant l'IPO. A mon avis, sans cet outil, nos marchés resteront sous dimensionnés.
Le texte offre la possibilité de créer des compartiments au sein d'un même OPCVM, permettant de gérer plusieurs politiques d'investissement sous une seule entité juridique, réduisant ainsi les coûts opérationnels et des stratégies totalement différentes. Par exemple :
Un compartiment dédié à la dette privée pour financer les PME via obligations.
Un compartiment de co-investissement pour soutenir les startups à travers du crowdequity.
Un compartiment de rendement boursier classique (ETF).
Cette modularité permet de mutualiser les coûts (dépositaire, gestion, audit) et de réduire drastiquement les barrières à l'entrée pour les fonds thématiques (Tech, Culture, Environnement) qui seraient trop coûteux s'ils étaient isolés.
L'ETF, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’est pas un produit sophistiqué c'est un fonds qui reproduit la performance d'un indice où n’investit pas sur une action mais sur un panier, on mise sur une réussite collective (Tech, Industrie, ICC). L’ETF est coté en bourse, donc achat et vente quotidien comme une action. Simple, transparent et liquide, il permet de démocratiser l’accès à l'investissement.
Pour un spécialiste de la finance alternative, l’ETF c’est un outil de gestion passive très puissant. On pourrait voir un ETF Tunisian Tech ou un ETF ICC & Création où l’investissement se fera dans un panier diversifié de 20 ou 30 projets à fort potentiel. Cela permettra peut-être de créer plus d’emplois et de valeur en Tunisie et leur permettre une internationalisation dans de meilleures conditions, y compris pour les levées ultérieures.
Il faut également avoir à l’esprit que les ETF et les fonds à compartiment préparent le terrain pour la finance verte et les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance), en permettant une classification plus claire des fonds thématiques et de flécher une épargne dédiée, surtout si accompagnée d’incitations fiscales (des fonds dédiés avec une attraction fiscale). Sans cela, la finance verte demeurera un vaste slogan.
La loi marocaine n'est pas une réforme technique ; c'est un "système d'exploitation 2.0" du marché financier qui pourra évoluer vers une gestion d'actifs sophistiquée capable de financer des projets d'infrastructure ou d'innovation via des fonds thématiques et surtout une obligation de gestion du risque. Et certains acteurs ne sont clairement pas prêts. Dans cette optique où le monde du « coté » et celui du « non-coté » se rapporchent, le renforcement des règles de contrôle (le pouvoir de l’autorité est renforcé) et l’adoption de standards internationaux est formalisé à plusieurs niveaux.
En premier lieu, le renforcement de la gouvernance et de la transparence puisque le texte instaure la rigueur institutionnelle comme norme par la précision et le renforcement des responsabilités du dépositaire (outre celles de la société de gestion), qui au-delà de son rôle de conservateur de titres, mais un contrôleur de la régularité des décisions de gestion.
En second, Les sociétés de gestion sont légalement obligées de mettre en place des systèmes de gestion des risques plus sophistiqués, incluant des stress tests réguliers pour évaluer la résilience du portefeuille face aux chocs de marché.
Il s’ensuit inéluctablement une montée en compétence des opérateurs sur le marché, une réorganisation et des investissements substantiels.
En dernier lieu, la loi 3-25 introduit une évolution de la gestion opérationnelle des OCVM, en protection de l’investisseur et de l’équilibre du marché, par le gating qui est un plafonnement des rachats en cas de circonstances exceptionnelles et un net durcissement des règles de valorisation pour le calcul de la VL (valeur liquidative) pour assurer que le prix de sortie ou d'entrée reflète fidèlement la réalité du marché.
Dans cette configuration, le défi sera celui de l'ingénierie puisqu’il faudra des gestionnaires de fonds capables de comprendre à la fois le marché boursier et la réalité du terrain entrepreneurial. Au-delà des compétences en analyse financière classique, il va falloir en développer en modélisation et maîtrise en gestion de risques et la structuration des produits hybrides.
Le constat est sans appel, la Loi 3-25 marocaine n’est pas une réforme technique ; c’est un signal envoyé à toute la région qui dit que l’on peut concilier la rigueur des standards (UCITS) avec l’agilité de la finance alternative.
En créant un lien entre une OPCVM transparente et rigoureuse, la capacité de collecte et la variété des ETF avec l’agilité du Crowdfunding, le texte oriente vers une désintermédiation massive pour reconnecter l’épargne à l’économie réelle. Cette structure qui allie liquidité et transparence, est une incitation à la diaspora et aux flux d’IDE pour passer à l'engagement, en injectant un capital patient et structurant au cœur même de pépites technologiques et créatives.
Cette réforme obligera les opérateurs à une montée en compétences en ingénierie financière et inévitablement un écrémage salutaire : seuls les gestionnaires capables d'allier rigueur technique et agilité de terrain survivront !
Notre enjeu, aujourd’hui, est simple : libérer de l’énergie, irriguer l’audace et enfin donner de l’oxygène à nos jeunes pousses.