La BIAT capitalise sur les besoins de l'État pour maintenir sa croissance

Analyse Boursiére (BVMT)
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anis habibi janv. 23, 2026, 5:43 PM

La Banque Internationale Arabe de Tunisie (BIAT) a parachevé l'exercice 2025 en affichant une résilience financière notable, matérialisée par un Produit Net Bancaire (PNB) de 1 595,1 millions de dinars, en progression de 7,8 % par rapport à l'année précédente. Cette performance, réalisée dans un environnement monétaire restrictif marqué par des taux directeurs élevés, masque toutefois une reconfiguration profonde des moteurs de rentabilité de l'établissement.

L'analyse comparée sur trois ans met en lumière un basculement stratégique : la marge d'intérêts, pilier historique lié au financement de l'économie, voit sa contribution au PNB s'éroder continuellement, passant de 47,2 % en 2023 et 44,5 % en 2024, à seulement 35,5 % en 2025. Ce recul mécanique laisse place à une prépondérance inédite des revenus du portefeuille-titres et des opérations financières, qui captent désormais 46,5 % des revenus globaux (741,8 MD), contre 36,8 % en 2024 et 34,6 % en 2023.

La dette souveraine supplante le financement de l’économie

Cette mutation structurelle du compte de résultat est le miroir fidèle des contraintes macroéconomiques actuelles. Face au renchérissement du coût de la dette qui a freiné la demande de crédits d'investissement et de consommation, la banque a opéré une réallocation pragmatique de ses actifs. La contraction des financements extérieurs ayant contraint l'État à solliciter davantage le marché domestique, la BIAT a naturellement orienté sa liquidité vers les bons du Trésor et les emprunts nationaux, profitant ainsi de rendements attractifs et sécurisés. Cette dynamique explique la dichotomie observée au bilan : alors que la collecte de dépôts reste vigoureuse (+7,1 % à 22,29 milliards de dinars), stimulée par une épargne de précaution (+10,2 %), les crédits nets à la clientèle n'enregistrent qu'une timide progression de 2,7 % pour s'établir à 13,15 milliards de dinars.

Ce phénomène d'éviction partielle du secteur privé au profit de la dette souveraine pèse mécaniquement sur le Taux de Placement des Ressources (TPR), qui se contracte aux alentours de 59 %. Si cette stratégie permet à la banque de maintenir sa croissance top-line, elle s'accompagne d'une pression inflationniste sur les coûts de fonctionnement. Les charges opératoires ont en effet progressé de 8,9 % à 724 millions de dinars, une hausse plus rapide que celle des revenus, dégradant légèrement le coefficient d'exploitation à 45,4 % contre 44,9 % un an plus tôt. La capacité de la BIAT à naviguer en 2026 dépendra sans doute de l'évolution de la politique monétaire et d'un éventuel redémarrage de la demande de crédit privé, seul véritable moteur d'une marge d'intermédiation durable.

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