

Entre dévaluation du yuan et instabilité du dollar, la Tunisie se retrouve confrontée à un affrontement monétaire. Crise ou opportunité ?
La rivalité Chine-USA ne se joue plus seulement sur le terrain géopolitique ou commercial, mais aussi à travers une guerre monétaire où chaque dévaluation ou fluctuation devient une arme économique. Pékin a fait son choix : sacrifier la stabilité du yuan pour maintenir une croissance minimale et sauver son industrie. Selon Goldman Sachs, la monnaie chinoise est 25 % en dessous de sa valeur et c’est loin d’être un simple ajustement, ça marque un tournant. La Chine tente un coup de poker en exportant sa déflation, mettant la pression à la fois sur les USA, l’Europe et sur les économies émergentes.
Entre frictions avec la Réserve Fédérale, les droits de douane et les problématiques budgétaires (marque de l’ère Trump), le billet vert oscille entre deux impératifs : affaiblir la monnaie pour relancer l’industrie américaine, ou la maintenir comme valeur-refuge. Une ambiguïté de plus qui aggrave la volatilité des marchés.
A notre niveau, à Tunis, les conséquences sont quasi immédiates pour les entreprises locales :
Ceux qui profitent de la situation : Essentiellement les industriels par la baisse des coûts des intrants chinois (électronique, machines) offre une opportunité pour moderniser à moindre frais, le tourisme avec un euro fort et les exportateurs en euros qui peuvent voir leur compétitivité renforcée à condition de résister à la concurrence chinoise.
Ceux qui subissent la pression : Les importateurs de produits européens (médicaments, céréales) qui deviennent plus chers et alimentent une inflation importée, les entreprises dans les secteurs exposés à la concurrence asiatique auront plus de difficultés. Cela affecte aussi les banques qui ont des engagements importants en euros et qui peuvent voir leurs coûts de financement augmenter (parité €/ dinar tunisien) et donc une compression des marges (ou une répercussion sur leurs clients).
L’augmentation prévisible du déficit commercial avec la Chine (estimé à 9,2 M TND fin 2025) résultant du recul des entreprises locales d’un côté, des coûts d’importation en hausse, menaçant de faire déraper l’inflation au-delà de 5,3 % de l’autre va créer un effet de ciseaux. La conséquence sera une hausse probable des prix qui pèsera sur le pouvoir d’achat et la stabilité économique.
Pour atténuer cet impact et préserver le tissu national, il faut réfléchir à augmenter l'utilisation des mécanismes alternatifs, tels que le troc ou les accords bilatéraux, afin de limiter stratégiquement la dépendance au dollar. Il faut en même temps envisager un assouplissement de la gestion du dinar, levier essentiel pour soutenir l’industrie locale face à l’agressivité de la concurrence chinoise. Enfin, entrepreneurs et financeurs, doivent profiter de la faiblesse du yuan pour réindustrialiser.
La guerre des monnaies de 2026 n’est pas une crise passagère, mais un choc structurel. Les pays qui sauront s’adapter en sortiront renforcés, le moment est venu de jouer nos atouts avec audace.