

Malgré la mise à l'arrêt total de son four durant l'intégralité de l'exercice 2025, la société Les Ciments de Bizerte a paradoxalement affiché une performance commerciale robuste au quatrième trimestre, enregistrant une hausse de 54,49 % de son chiffre d'affaires qui s'établit à 9,07 millions de dinars.
Cette dynamique positive, qui porte les revenus annuels à 40,5 millions de dinars, soit une progression de 31,15 % par rapport à 2024, masque toutefois une réalité opérationnelle critique. La production de clinker est restée nulle (0 tonne) pour la deuxième année consécutive, une situation que la direction impute directement à l'absence de coke de pétrole, le combustible nécessaire au fonctionnement de l'usine, faute de liquidités pour en assurer l'importation.
Pour pallier cette paralysie industrielle, le cimentier public a dû réorienter son modèle opérationnel vers une activité de transformation pure. La hausse de 28,44 % de la production de ciment au dernier trimestre (36 770 tonnes) s'explique ainsi exclusivement par une intensification du broyage de clinker importé ou acquis auprès d'autres producteurs locaux. Parallèlement, la société a poursuivi ses prestations de déchargement de navires de coke de pétrole pour le compte de tiers. Cette activité logistique a généré près de 1,4 million de dinars sur le trimestre, grâce au traitement de sept navires. Cette manne logistique, bien que bénéfique, ne suffit cependant pas à compenser les défis structurels de l'entreprise.
Sur le plan financier, le bilan demeure préoccupant. Si l'endettement global semble stabilisé en apparence à 122,3 millions de dinars (-0,43 %), cette stagnation ne reflète pas une maîtrise des passifs mais plutôt une incapacité croissante à honorer les engagements. La direction reconnaît explicitement une détérioration progressive de sa trésorerie, admettant qu'elle ne parvient plus à régler ni ses fournisseurs ni ses échéances bancaires. Cette crise de liquidité fragilise durablement les équilibres économiques de la société, qui aborde le premier trimestre 2026 avec des perspectives contraintes, misant sur la poursuite du broyage et la maîtrise des coûts pour tenter de préserver ses parts de marché locales dans l'attente d'une hypothétique reprise de la production de clinker.