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Alkimia creuse ses pertes à 48,9 millions de dinars en 2025

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Chiffre d'affaires en baisse de 6,7 %, perte de 48,9 MD et 259 MD dus au Groupe Chimique Tunisien. Décryptage des comptes 2025 d'Alkimia

Par Anis Habibi

Alkimia creuse ses pertes à 48,9 millions de dinars en 2025
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La Société Chimique Alkimia a publié ses comptes 2025. Ventes en baisse, production en recul, perte nette en hausse et fonds propres encore plus négatifs. Les commissaires aux comptes maintiennent leur alerte sur la continuité de l'exploitation.

Les chiffres clés de 2025 (société mère)

  • Chiffre d'affaires de 100,1 MD, contre 107,2 MD en 2024 (-6,7 %)
  • Production de 22 891 tonnes, contre 28 974 tonnes (-21 %)
  • Résultat d'exploitation de -24,7 MD, contre -24,1 MD
  • Résultat net de -48,9 MD, contre -46,1 MD (+6 % de pertes)
  • Perte par action de 12,39 DT, contre 11,68 DT
  • Capitaux propres de -236,7 MD, contre -187,8 MD

Des ventes qui suivent la baisse de la production

Alkimia vit essentiellement de l'export. Les ventes de tripolyphosphate de sodium (STPP) à l'étranger ont rapporté 94,2 MD en 2025, contre 101,8 MD un an plus tôt. Le marché local reste marginal avec 4,4 MD.

La cause principale est connue. La production a chuté de 21 %, à 22 891 tonnes, dont 14 220 tonnes de STPP et 8 671 tonnes de MAP cristallisé. On est très loin de la capacité de l'usine de Gabès, réduite à 70 000 tonnes par an depuis 2021. Selon la société, le manque d'acide phosphorique, sa principale matière première, continue de freiner les unités de production.

Pour maintenir ses ventes, Alkimia a puisé dans ses stocks. La valeur des produits finis en stock est passée de 18,3 MD à 8,0 MD en un an. Ce déstockage a soutenu le chiffre d'affaires, mais il ne peut pas se répéter indéfiniment.

Une activité qui perd de l'argent avant même la dette

Le problème d'Alkimia ne se limite pas aux volumes. Les matières premières et le déstockage absorbent près de 90 % du chiffre d'affaires. Il ne reste qu'environ 10,3 MD pour couvrir tout le reste, alors que la masse salariale atteint à elle seule 18,7 MD, en hausse de 15 %.

Résultat, la société perd 24,7 MD au niveau de l'exploitation, c'est-à-dire avant même de payer ses frais financiers. Le niveau de perte est quasiment identique à celui de 2024. Malgré la baisse de certaines charges, comme le transport, l'outil industriel tourne trop peu pour couvrir ses coûts fixes.

Le poids écrasant de la dette envers le Groupe Chimique Tunisien

Le Groupe Chimique Tunisien (GCT) est à la fois le fournisseur unique d'acide phosphorique d'Alkimia et son premier créancier. En 2025, Alkimia lui a acheté 53,9 MD d'acide phosphorique.

Fin 2025, la société doit au GCT 154 MD au titre de ses factures. S'y ajoutent 105,3 MD d'intérêts de retard réclamés par le GCT. Alkimia les conteste, mais les enregistre par prudence dans ses comptes. Au total, l'ardoise atteint près de 259 MD, soit plus de 2,5 fois le chiffre d'affaires annuel.

Ces intérêts de retard pèsent lourd sur le résultat. Rien qu'en 2025, 19,6 MD ont été comptabilisés, ce qui représente environ 80 % des charges financières nettes (24,6 MD). Sans eux, la perte nette aurait été d'environ 29,3 MD au lieu de 48,9 MD. Le litige sur ces intérêts est donc un enjeu majeur pour l'avenir de la société.

Le bilan traduit l'accumulation des pertes. Les capitaux propres atteignent -236,7 MD, soit six fois le montant du capital social (39,5 MD). Rapporté au nombre d'actions, cela donne des fonds propres d'environ -60 DT par action.

Autrement dit, Alkimia doit beaucoup plus qu'elle ne possède. Le total des dettes s'élève à 364,8 MD, pour seulement 128,1 MD d'actifs. L'essentiel de ces dettes est à court terme, principalement envers les fournisseurs (210,9 MD) et au titre des charges à payer (106,1 MD).

L'endettement bancaire reste en revanche limité, avec 10,3 MD d'emprunts à long terme auprès de la BT et de la STB, et 9,5 MD de concours bancaires.

La trésorerie de fin d'année s'établit à 6,8 MD, quasiment stable. Mais l'exploitation ne génère pas de cash (-0,6 MD) et les investissements sont réduits au strict minimum, à 0,3 MD sur l'année. La société indique elle-même que sa situation de trésorerie est de plus en plus tendue.

Au niveau du groupe, la situation est encore plus dégradée

Le groupe Alkimia comprend aussi Alkimia Packaging, Les Salines de Tataouine et Alkimia Commerciale. Le chiffre d'affaires consolidé progresse légèrement, à 172,0 MD contre 168,5 MD (+2,1 %). La hausse vient surtout du carbonate de sodium (33,9 MD, +40 %), qui compense le recul du STPP (66,5 MD, -10 %).

Mais la perte consolidée s'aggrave nettement, à 54,6 MD contre 44,4 MD (+23 %). Les fonds propres du groupe atteignent -244,7 MD.

La filiale Les Salines de Tataouine, longtemps présentée comme un point d'appui, a vu son bénéfice fondre à 2,4 MD contre 6,9 MD en 2024. Sa production a pourtant légèrement augmenté (81 530 tonnes de sulfate de sodium), mais ses prix de vente ont baissé de 12 % en moyenne.

Le flux de trésorerie d'exploitation du groupe redevient positif (+4,3 MD). Il faut toutefois le lire avec prudence, car il s'explique surtout par le déstockage et par la hausse des dettes fournisseurs, et non par une amélioration de la rentabilité.

L'alerte des commissaires aux comptes

Les commissaires aux comptes certifient les comptes, mais soulignent une incertitude significative sur la capacité de la société à poursuivre son activité. Ils rappellent aussi que les fonds propres sont inférieurs à la moitié du capital. La loi impose dans ce cas de réunir une assemblée générale extraordinaire dans les quatre mois suivant l'approbation des comptes, pour décider de l'avenir de la société.

Une AGE avait justement été convoquée pour le 8 octobre 2026, le même jour que l'assemblée ordinaire. Elle a été reportée à une date ultérieure. Le projet de résolutions de l'AGO prévoit d'inscrire la totalité de la perte 2025 en report à nouveau.

Un plan de sauvetage toujours en attente

La continuité de l'exploitation repose sur un plan de sauvetage validé par le conseil d'administration en 2021. Il prévoit notamment la reconversion d'unités vers la production de STPP alimentaire (35 000 tonnes), d'engrais NPK (80 000 tonnes, pour 12 MD) et de sulfate d'ammonium (50 000 tonnes, pour 20 MD), ainsi qu'un plan social.

Cinq ans plus tard, la société reconnaît que ce plan est très en retard. Deux options sont aujourd'hui discutées entre actionnaires, soit une augmentation de capital importante pour absorber les pertes, soit la cession de l'activité au Groupe Chimique Tunisien.


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