

La Société Chimique Alkimia a vu ses capitaux propres plonger à un niveau négatif record de -206,6 millions de dinars au 30 juin 2025, après avoir essuyé une nouvelle perte semestrielle de 18,8 millions de dinars. Le producteur de sels chimiques attribue cette détérioration continue à l'incapacité de son fournisseur unique, le Groupe Chimique Tunisien (GCT), à lui livrer les matières premières nécessaires.
Le chiffre d'affaires a chuté de 19,6 % à 50,5 millions de dinars, conséquence directe d'une baisse de la production de 13,7 % à 14 482 tonnes. L'activité est paralysée par des "arrêts forcés" des unités de production, y compris la nouvelle usine d'engrais soluble "MAP cristallisé". Cette unité, mise en service en juin 2021 pour un investissement de 35 millions de dinars, est à l'arrêt depuis octobre 2021 faute de livraison d'ammoniac par le GCT, qui privilégie ses propres exportations.
Malgré les pertes, la société parvient à maintenir un niveau de liquidité positif, avec une trésorerie de clôture de 4,6 millions de dinars au 30 juin 2025, contre 4,2 millions un an plus tôt. Cependant, la structure financière reste lourdement déséquilibrée avec des dettes fournisseurs atteignant 220 millions de dinars et des emprunts à long terme de 11,5 millions de dinars.
« Ces pertes sont susceptibles de jeter un doute important sur la capacité de l'entité à poursuivre son exploitation », ont alerté les co-commissaires aux comptes, Wadï Trabelsi et Ghazi Hantous, dans leur rapport daté du 11 décembre 2025, soulignant une « incertitude significative » liée à la continuité d'activité de la société Alkimia .
Pour éviter la faillite, Alkimia mise sur un plan de sauvetage validé en 2021, dont la première étape repose sur une augmentation de capital de 20 millions de dinars décidée fin 2023. Ces fonds doivent financer la reconversion de l'unité U-1500 pour produire 80 000 tonnes d'engrais NPK, une tentative de diversification pour réduire la dépendance au STPP (Tripolyphosphate de Sodium), son produit historique en déclin.
Le conflit opérationnel de Alkimia avec le Groupe Chimique Tunisien est au cœur d'une crise qui dure depuis cinq ans. Alkimia enchaîne les lourdes pertes, plombée par la chute de la demande internationale de STPP et la fuite de ses clients suite aux arrêts forcés de production entre 2016 et 2019. La société accuse le GCT de donner la priorité à l'exportation de l'acide phosphorique brut plutôt que d'approvisionner l'industrie locale, tout en facturant l'acide et l'ammoniac à des prix "trop chers" qui érodent les marges. La production de STPP et de MAP cristallisé a atteint seulement 14 482 tonnes, contre 16 787 tonnes l'année précédente.
Si la maison mère souffre, la filiale « Les Salines de Tataouine » (détenue à 100%) affiche une trajectoire inverse. L'unité a augmenté sa production de sulfate de sodium à 80 075 tonnes en 2024, dégageant un bénéfice de 6,9 millions de dinars. À l'inverse, la participation dans la société algérienne KIMIAL SPA reste un point noir, la dissolution anticipée ayant été décidée dès 2011 suite à la perte des trois quarts du capital.