

Dans sa nouvelle édition du Country Risk Atlas 2026, Allianz Research dresse un portrait nuancé de l'économie mondiale. Si la tendance globale est à l'apaisement des risques, l'analyse consacrée à la Tunisie révèle une trajectoire singulière.
Classée dans la catégorie de risque "D4" (risque élevé), la Tunisie affiche une résilience notable mais peine à suivre la cadence de croissance imposée par ses voisins africains et méditerranéens, privilégiant une stratégie d'autonomie financière au prix d'un ralentissement de son secteur privé.
Le rapport est formel : alors que l'économie tunisienne continue de panser les plaies des chocs successifs (sécheresse, inflation), sa reprise reste modérée. Allianz Research projette une croissance du PIB tunisien de +1,9 % en 2026, soutenue par une excellente campagne agricole (rebond de l'huile d'olive et du blé) et la vigueur du tourisme.
Cependant, cette performance reste en deçà des champions régionaux identifiés dans l'Atlas :
Le Maroc, porté par sa diversification industrielle, devrait atteindre +3,7 % de croissance.
L'Égypte, malgré ses défis monétaires, vise les +4,7 %.
Le Sénégal, véritable moteur ouest-africain grâce à ses hydrocarbures, affiche une projection impressionnante de +5,8 %.
La Tunisie bénéficie certes d'une reprise de la demande européenne, son principal partenaire, mais le rapport souligne que son potentiel reste bridé par des contraintes internes de financement.
L'un des points saillants du Country Risk Atlas 2026 concerne la stratégie financière de Tunis. Le rapport note que le gouvernement tunisien semble s'inspirer du modèle économique étatique de son voisin, l'Algérie, en prônant la souveraineté nationale et en réduisant sa dépendance aux bailleurs de fonds étrangers (comme le FMI).
Toutefois, le rapport pointe une différence critique : contrairement à Alger, Tunis ne dispose pas de l'immense coussin financier des hydrocarbures. Pour combler ses déficits, l'État se tourne massivement vers le marché domestique. Cette stratégie entraîne un effet d'éviction ("crowding out") inquiétant : les liquidités des banques locales, déjà fragilisées par un taux de créances douteuses de 14,7 %, sont absorbées par l'État au détriment des entreprises privées.
À l'inverse, des pays comme la Côte d'Ivoire ou le Kenya ont opté pour des réformes structurelles soutenues par des financements internationaux, leur permettant de maintenir des niveaux d'investissement élevés malgré les pressions sur la dette.
Malgré ces défis macroéconomiques, l'Atlas rappelle les atouts structurels de la Tunisie. Le rapport souligne que le pays conserve l'un des niveaux de vie les plus élevés d'Afrique (PIB par habitant estimé à 4 700 USD en 2025) et dispose d'une main-d'œuvre qualifiée capable de soutenir des industries complexes (composants automobiles, textile).
Néanmoins, le climat des affaires reste difficile. Le protectionnisme, les licences d'importation et la lourdeur administrative freinent les Investissements Directs Étrangers (IDE), qui stagnent autour de 1,5 % du PIB. Ce chiffre révèle un décrochage par rapport aux dynamiques régionales : le Sénégal, par exemple, parvient à attirer des flux d'IDE équivalents à 2 % de son PIB dans un contexte pourtant difficile, tandis que l'Arabie Saoudite mobilise 1,9 % de son immense PIB en investissements étrangers, ciblant des secteurs de haute technologie. Le Maroc, quant à lui, continue de bénéficier d'une dynamique d'investissement qualifiée de "forte" par le rapport, avec des flux records alimentant ses réserves de change, là où la Tunisie peine à retrouver ses niveaux historiques.
L'analyse du Country Risk Atlas 2026 place la Tunisie à un carrefour stratégique. Si le pays a réussi à éviter le pire en stabilisant ses réserves de change et en honorant ses échéances de dette, son isolement financier limite ses perspectives de développement rapide. Pour réduire le chômage des jeunes (toujours autour de 40 %) et rattraper ses concurrents régionaux, la Tunisie devra, selon Allianz Research, trouver un équilibre entre sa quête de souveraineté et la nécessité de libérer son secteur privé.