Suivez TUNINDEX et vos autres valeurs dans une watchlist.

Article

Rapport Allianz 2026 : La Tunisie peine à suivre la cadence du Maroc et du Sénégal

TUNINDEX▲ +0,19 %

Pourquoi la Tunisie décroche-t-elle face à ses voisins ? Le Country Risk Atlas 2026 analyse les risques de la stratégie de financement interne.

Par Anis Habibi

Rapport Allianz 2026 : La Tunisie peine à suivre la cadence du Maroc et du Sénégal
Suivez-nous sur

Dans sa nouvelle édition du Country Risk Atlas 2026, Allianz Research dresse un portrait nuancé de l'économie mondiale. Si la tendance globale est à l'apaisement des risques, l'analyse consacrée à la Tunisie révèle une trajectoire singulière. 

Classée dans la catégorie de risque "D4" (risque élevé), la Tunisie affiche une résilience notable mais peine à suivre la cadence de croissance imposée par ses voisins africains et méditerranéens, privilégiant une stratégie d'autonomie financière au prix d'un ralentissement de son secteur privé.

Une croissance modeste dans une région en accélération

Le rapport est formel : alors que l'économie tunisienne continue de panser les plaies des chocs successifs (sécheresse, inflation), sa reprise reste modérée. Allianz Research projette une croissance du PIB tunisien de +1,9 % en 2026, soutenue par une excellente campagne agricole (rebond de l'huile d'olive et du blé) et la vigueur du tourisme.

Cependant, cette performance reste en deçà des champions régionaux identifiés dans l'Atlas :

  • Le Maroc, porté par sa diversification industrielle, devrait atteindre +3,7 % de croissance.

  • L'Égypte, malgré ses défis monétaires, vise les +4,7 %.

  • Le Sénégal, véritable moteur ouest-africain grâce à ses hydrocarbures, affiche une projection impressionnante de +5,8 %.

La Tunisie bénéficie certes d'une reprise de la demande européenne, son principal partenaire, mais le rapport souligne que son potentiel reste bridé par des contraintes internes de financement.

Le modèle algérien, sans la rente pétrolière

L'un des points saillants du Country Risk Atlas 2026 concerne la stratégie financière de Tunis. Le rapport note que le gouvernement tunisien semble s'inspirer du modèle économique étatique de son voisin, l'Algérie, en prônant la souveraineté nationale et en réduisant sa dépendance aux bailleurs de fonds étrangers (comme le FMI).

Toutefois, le rapport pointe une différence critique : contrairement à Alger, Tunis ne dispose pas de l'immense coussin financier des hydrocarbures. Pour combler ses déficits, l'État se tourne massivement vers le marché domestique. Cette stratégie entraîne un effet d'éviction ("crowding out") inquiétant : les liquidités des banques locales, déjà fragilisées par un taux de créances douteuses de 14,7 %, sont absorbées par l'État au détriment des entreprises privées.

À l'inverse, des pays comme la Côte d'Ivoire ou le Kenya ont opté pour des réformes structurelles soutenues par des financements internationaux, leur permettant de maintenir des niveaux d'investissement élevés malgré les pressions sur la dette.

Un potentiel humain élevé entravé par l'environnement des affaires

Malgré ces défis macroéconomiques, l'Atlas rappelle les atouts structurels de la Tunisie. Le rapport souligne que le pays conserve l'un des niveaux de vie les plus élevés d'Afrique (PIB par habitant estimé à 4 700 USD en 2025) et dispose d'une main-d'œuvre qualifiée capable de soutenir des industries complexes (composants automobiles, textile).

Néanmoins, le climat des affaires reste difficile. Le protectionnisme, les licences d'importation et la lourdeur administrative freinent les Investissements Directs Étrangers (IDE), qui stagnent autour de 1,5 % du PIB. Ce chiffre révèle un décrochage par rapport aux dynamiques régionales : le Sénégal, par exemple, parvient à attirer des flux d'IDE équivalents à 2 % de son PIB dans un contexte pourtant difficile, tandis que l'Arabie Saoudite mobilise 1,9 % de son immense PIB en investissements étrangers, ciblant des secteurs de haute technologie. Le Maroc, quant à lui, continue de bénéficier d'une dynamique d'investissement qualifiée de "forte" par le rapport, avec des flux records alimentant ses réserves de change, là où la Tunisie peine à retrouver ses niveaux historiques.

Un carrefour décisif entre souveraineté et ouverture économique

L'analyse du Country Risk Atlas 2026 place la Tunisie à un carrefour stratégique. Si le pays a réussi à éviter le pire en stabilisant ses réserves de change et en honorant ses échéances de dette, son isolement financier limite ses perspectives de développement rapide. Pour réduire le chômage des jeunes (toujours autour de 40 %) et rattraper ses concurrents régionaux, la Tunisie devra, selon Allianz Research, trouver un équilibre entre sa quête de souveraineté et la nécessité de libérer son secteur privé.

Articles recommandés

  • Article

    Marchés primaires et secondaires : lever des capitaux n’est que le début

    Marché primaire ou secondaire ? Comprenez comment les entreprises lèvent des fonds et pourquoi la liquidité compte pour tout investisseur

    19 oct. 2026
  • Article

    Bourse de Tunis, le Tunindex attend les indicateurs du 3e trimestre 2026

    Semaine du 12 au 16 octobre 2026. Le Tunindex finit à 18 638,99 points (+0,19 %), porté par les banques. BIAT, SFBT, palmarès et analyse technique.

    18 oct. 2026
  • News

    Budget 2027 : d’où vient l’argent de l’État tunisien ?

    Déficit de 14 615 MD, 28 122 MD de ressources à trouver, dont 19 845 MD d'emprunt intérieur. Ce que prévoit le projet de loi de finances 2027.

    15 oct. 2026