
J'ai évolué la majeure partie de ma carrière dans le monde de la coopération internationale et du développement communautaire (notamment avec les Nations unies), avant de lancer en 2015 mon propre bureau axé sur l'innovation sociale centrée sur le développement humain. Aujourd'hui, un constat s'impose : le paradigme entrepreneurial est en train de changer radicalement.
Historiquement, l'entreprise est la seule entité capable de créer véritablement de la richesse économique, car l'État et les associations ne font que transformer ou redistribuer cette richesse. Cependant, on reproche de plus en plus à nos entreprises de générer, en parallèle de cette richesse, des problèmes sociétaux et environnementaux. Il est urgent d'adopter un nouveau modèle : l'entrepreneuriat à impact, qui repose sur un double pilier alliant la recherche de profit à un impact positif sur l'environnement ou la société.
Le système économique actuel repose en grande partie sur une économie linéaire : on extrait, on produit, on consomme, puis on jette. Ce modèle nous a conduits à une aberration écologique, illustrée par le « jour du dépassement » : dès le mois d'août, nous avons consommé toutes les ressources réversibles que la Terre peut produire en un an, ce qui signifie que nous consommons l'équivalent de presque deux planètes chaque année.
Il faut savoir que la notion de déchet n'existe pas dans la nature ; c'est une pure invention humaine liée à l'industrialisation. La véritable révolution réside dans l'économie circulaire. Dans cette boucle fermée, ce qui était autrefois considéré comme un déchet devient une matière première pour une autre entreprise, ce qui élimine la notion même de déchet et rétablit l'équilibre des écosystèmes. Cela demande toutefois un changement majeur : les entrepreneurs ne doivent plus agir comme des héros solitaires en silo, mais se constituer en communautés d'entreprises qui se soutiennent mutuellement.
Comment opérer ce changement de mentalité chez des consommateurs et des entrepreneurs souvent limités par un impératif de survie à court terme ? La réponse réside dans la communication. Le marketing et la communication ne doivent plus être de simples instruments de visibilité, mais devenir de véritables leviers stratégiques de création de valeur et de changement.
Dans la communication classique, l'objectif est de promouvoir une marque et de convaincre pour déclencher l'acte d'achat. La communication transformationnelle, elle, vise à inspirer un comportement responsable, à mobiliser un mouvement et à donner un sens profond à l'achat. Pour cela, je recommande d'utiliser le modèle ADKAR pour accompagner le changement social :
Awareness (Prise de conscience) : Rendre le consommateur conscient des problématiques (ex: le stress hydrique), car on n'agit pas souvent par simple méconnaissance.
Desire (Désirabilité) : Transformer cette conscience en désir d'être un consommateur responsable.
Knowledge (Savoir) : Fournir les connaissances nécessaires sur comment changer.
Ability (Savoir-faire) : Déployer ce savoir de manière pragmatique au quotidien.
Reinforcement (Renforcement) : Créer un cercle vertueux où vos clients deviennent les ambassadeurs de votre mouvement.
Le changement de comportement doit toujours commencer au niveau individuel, pour ensuite influencer le niveau interpersonnel (la famille, les collègues) et enfin s'étendre au niveau communautaire.
Pour les startups et les petites entreprises, ce basculement vers l'impact et la durabilité est le meilleur moyen de se différencier. Face aux grandes entreprises qui produisent pour la masse et peinent à innover rapidement à cause de leur rigidité, l'entrepreneur agile a un avantage.
Le secret de l'entrepreneur est l'observation : il doit détecter une frustration précise chez le consommateur, car c'est là que se trouve la fenêtre entrepreneuriale. En ciblant un marché de niche (comme par exemple la création de pâtisseries pour les diabétiques), la petite entreprise peut proposer une hyper-personnalisation que les géants négligent. Cela permet de développer un avantage concurrentiel injuste (unfair advantage), ancré dans l'ADN de l'entreprise, souvent lié à l'économie circulaire ou à l'ancrage territorial, et qui est très difficile à copier.
Souvent, on attend que le changement vienne des lois, des gouvernements ou de la politique internationale. Mais entreprendre, c'est précisément l'acte de créer le changement.
Face aux injustices environnementales, nous ne pouvons pas nous contenter de subir un système. Ma philosophie pour les entrepreneurs est claire : il faut accepter ce que l'on peut changer (notre communauté, nos modèles de production), et changer ce que l'on ne peut pas accepter. C'est en lançant un mouvement à la base, soutenu par des consommateurs engagés (notre tribu, notre Love Brand), que nous pourrons imposer une pression positive et contribuer à une véritable justice climatique et sociale.
