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De la campagne record à la chute des prix : les défis de la filière oléicole tunisienne

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mars 20, 2025, 7:25 PM

L'effondrement des prix bouleverse l'équation économique malgré des volumes records

La Tunisie fait face à une situation paradoxale sur le marché de l'huile d'olive. Les exportations pour les quatre premiers mois de la campagne 2024/2025 (novembre 2024 à février 2025) affichent une hausse volumétrique impressionnante de 40,8%, atteignant 132,2 mille tonnes contre 87,5 mille tonnes pour la même période de la campagne précédente. Pourtant, cette performance quantitative masque une réalité économique préoccupante.

Les recettes ont chuté de 26,8%, s'établissant à 1691,4 millions de dinars contre 2309,8 MD l'année précédente. Le prix moyen à l'exportation s'est effondré de 54,9% en février 2025 par rapport au même mois de l'année précédente, passant de plus de 26 dinars/kg à seulement 13,7 dinars/kg. Cette dégringolade des prix mondiaux transforme radicalement les perspectives financières de la filière.

Ce contraste est d'autant plus saisissant après la campagne exceptionnelle 2023/2024. L'Office National de l'Huile tunisien avait annoncé le 8 novembre 2024 un volume total d'exportation atteignant 195 368 tonnes, générant des revenus de 5,162 milliards de dinars, soit un prix moyen de 26 422 dinars la tonne.

La dépendance au vrac et à l'extra vierge : un modèle économique vulnérable

L'analyse détaillée des exportations révèle des fragilités structurelles persistantes. Le vrac représente 89,8% du volume total exporté, contre seulement 10,2% pour l'huile conditionnée. Cette proportion est restée pratiquement inchangée par rapport à la campagne précédente, témoignant d'une difficulté à développer la filière du conditionnement local.

L'huile d'olive extra vierge domine largement les exportations avec 83,5% du volume total, suivie par l'huile lampante (7,7%), l'huile vierge (4,9%) et les autres types d'huiles (3,9%). Cette concentration sur l'extra vierge, bien que reflétant la qualité reconnue de l'huile tunisienne, expose le pays aux fluctuations d'un segment particulier du marché.

Les données financières soulignent l'importance cruciale de développer le conditionnement : les 10,2% d'huile conditionnée génèrent 16% des recettes totales, avec un prix moyen de 21,5 dinars/kg contre seulement 12,8 dinars/kg pour le vrac.

Le segment biologique : un potentiel de valeur ajoutée insuffisamment exploité

Le secteur biologique représente une opportunité stratégique pour la Tunisie avec 24,8 mille tonnes exportées à fin février 2025, pour une valeur de 343,5 MD. Ce segment suit toutefois le même schéma que l'huile conventionnelle avec une prédominance écrasante du vrac (95,8%).

L'écart de prix entre le bio conditionné (18,25 DT/kg) et le vrac (13,66 DT/kg) confirme l'intérêt économique de développer cette filière à forte valeur ajoutée. La prime de près de 34% dont bénéficie le conditionnement représente un potentiel considérable pour améliorer les recettes d'exportation.

La filière biologique tunisienne souffre également d'une forte concentration géographique de ses débouchés, avec l'Italie absorbant 65% des exportations, suivie par l'Espagne (16%) et les États-Unis (10%).

Concentration géographique : un risque stratégique majeur

La répartition des exportations par destination révèle une dépendance préoccupante envers quelques marchés clés. L'Union européenne absorbe 59,4% du volume total, suivie par l'Amérique du Nord (24,0%) et l'Afrique (9,5%).

À l'échelle des pays, trois marchés dominent largement : l'Italie (31,4%), l'Espagne (24,0%) et les États-Unis (19,4%), représentant ensemble près de 75% des exportations tunisiennes. Cette concentration expose la filière aux évolutions réglementaires, économiques ou politiques sur ces marchés.

Plus préoccupant encore, les exportations vers l'Italie et l'Espagne concernent majoritairement de l'huile en vrac qui sera ensuite conditionnée, mélangée et valorisée dans ces pays, privant la Tunisie d'une part importante de la valeur ajoutée.

Stratégies d'adaptation face à un marché volatile : l'urgence de la transformation

La comparaison entre la campagne record 2023/2024 et la situation actuelle illustre parfaitement la volatilité du marché mondial de l'huile d'olive. En quelques mois, le prix moyen est passé de plus de 26 dinars à moins de 14 dinars le kilogramme, bouleversant l'équation économique du secteur malgré l'augmentation des volumes.

Face à ces défis, plusieurs axes stratégiques se dessinent pour la filière tunisienne. Le développement du conditionnement local apparaît comme une priorité immédiate, la part marginale de l'huile conditionnée (10,2%) dans les exportations révélant un potentiel largement inexploité. Renforcer cette activité permettrait de capter davantage de valeur ajoutée et d'améliorer la résistance aux fluctuations de prix. La diversification des marchés d'exportation constitue également un enjeu crucial, la dépendance excessive envers trois pays acheteurs représentant un risque majeur. Un élargissement des débouchés vers les marchés émergents d'Asie et d'Afrique pourrait réduire cette vulnérabilité.

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