Lundi 16 septembre 2024, Fitch Ratings a annoncé le relèvement de la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères de la Tunisie de 'CCC-' à 'CCC+'. Cette décision reflète une confiance accrue de l'agence dans la capacité du gouvernement tunisien à répondre à ses importants besoins de financement budgétaire. Fitch souligne que la position externe plus solide de la Tunisie lui permet désormais de maintenir ses réserves internationales à un niveau suffisant pour honorer ses paiements externes courants et ses obligations de dette. Cependant, cette amélioration est contrebalancée par des besoins de financement encore élevés, un accès limité au financement extérieur, et un budget qui reste vulnérable aux chocs externes.
Selon le rapport de Fitch, la Tunisie fait face à des engagements financiers significatifs pour les deux prochaines années. En janvier 2025, le pays devra rembourser une obligation en euros d'un milliard de dollars. De plus, une autre obligation en euros de 700 millions d'euros arrivera à échéance en juillet 2026.
Pour l'année 2024, les besoins de financement budgétaire de la Tunisie, hors amortissements à court terme, sont estimés à 18% du PIB. Fitch prévoit que ces besoins resteront supérieurs à 14% du PIB en 2025. Le gouvernement tunisien aura besoin d'un financement intérieur à long terme équivalent à 10% du PIB en 2024, et entre 10% et 12% en 2025.
Face à ces engagements, la Tunisie a reçu 2,8 milliards de dollars d'engagements de financement extérieur au cours des huit premiers mois de 2024. Fitch anticipe 600 millions de dollars supplémentaires d'ici la fin de l'année 2024. Sur ce total de 3,4 milliards de dollars, l'agence estime que 1,4 milliard sera effectivement décaissé en 2024.
Le rapport indique que le déficit budgétaire devrait se réduire à 6,4% du PIB en 2024, puis à 5,3% en 2025, contre 7,1% en 2023. Cette amélioration est attribuée à une réduction de la masse salariale, des dépenses d'investissement et des subventions.
Concernant la dette publique, Fitch prévoit qu'elle restera élevée, atteignant 83,4% du PIB en 2024 et 82,2% en 2025. Le rapport souligne que la trajectoire de la dette est particulièrement sensible aux variations du taux de change et aux chocs budgétaires.
Fitch anticipe que les réserves internationales de la Tunisie se maintiendront au-dessus de trois mois de paiements externes courants jusqu'en 2026, permettant au pays de continuer à honorer ses obligations de dette extérieure.
Malgré ces signes d'amélioration, le rapport souligne que le budget tunisien reste vulnérable aux chocs externes, notamment aux fluctuations des prix des matières premières sur les marchés internationaux. Par exemple, une augmentation du prix du pétrole Brent à 80 dollars le baril en 2026, contre les 65 dollars prévus, augmenterait le déficit budgétaire de 0,7 point de pourcentage du PIB.
En plus des considérations économiques et financières, Fitch Ratings aborde également les aspects politiques et de gouvernance dans son évaluation de la Tunisie.
Sur le plan politique, l'agence estime qu'il existe une faible probabilité de tensions sociales ou de troubles liés à la prochaine élection présidentielle. Cependant, elle note que certains candidats ont été empêchés de participer au processus électoral et que des litiges juridiques sont en cours. Fitch s'attend à la réélection du président sortant et à une continuité des politiques après l'élection. La gouvernance, mesurée par les Indicateurs de Gouvernance Mondiale de la Banque Mondiale (WBGI), est considérée comme un point fort par rapport aux pairs, bien que les développements récents présentent un risque de détérioration.
Concernant les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), Fitch attribue à la Tunisie un score de pertinence ESG de '5' pour la stabilité politique et les droits, ainsi que pour l'état de droit, la qualité institutionnelle et réglementaire, et le contrôle de la corruption. Ces scores reflètent le poids important des WBGI dans le modèle de notation souveraine propriétaire de Fitch. La Tunisie se classe au 40e percentile des WBGI, ce qui est considéré comme un classement moyen. Cela traduit une faible stabilité politique, un état de droit et des droits de participation au processus politique établis mais s'affaiblissant, ainsi qu'une capacité institutionnelle et un niveau de corruption perçu modéré.