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Salaires et productivité en Tunisie : public vs privé, le grand écart

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Secteur public vs privé en Tunisie : le vrai fossé des salaires, de la productivité et de l’impact économique.

Par Refka Tbini

Salaires et productivité en Tunisie : public vs privé, le grand écart
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Le Rapport National sur l’Entreprise 2025 de l’IACE révèle une économie tunisienne profondément déséquilibrée, structurée autour de deux modèles qui évoluent à des rythmes opposés. D’un côté, un secteur public coûteux et faiblement productif ; de l’autre, un secteur privé plus compétitif mais soumis à de lourds défis structurels. Ce contraste, loin d’être marginal, se reflète directement dans les niveaux de salaires, la productivité et la contribution réelle de chaque secteur à la croissance nationale.

Une disparité salariale qui interpelle

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Dans les entreprises publiques, un salarié perçoit en moyenne 45 217 dinars par an, soit environ 3 768 dinars mensuels. Cette rémunération contraste fortement avec celle du secteur privé, où les salaires varient considérablement selon les branches : de 8 477 dinars dans le textile à 29 438 dinars dans le raffinage. Même dans les branches les mieux rémunérées du privé, les salaires restent nettement inférieurs à ceux du public.

Ce différentiel salarial est d'autant plus frappant que les entreprises publiques ne représentent qu’environ 4 % de l’emploi formel en Tunisie, tandis que le secteur privé en assure la part dominante. En d'autres termes, une minorité de salariés bénéficie d'avantages salariaux substantiels, tandis que la majorité des travailleurs tunisiens perçoit des rémunérations bien plus modestes.

Productivité : l'équation inversée

Au-delà des salaires, c'est la productivité qui révèle le véritable déséquilibre structurel entre les deux secteurs.

Le secteur public : une contribution limitée

Malgré des masses salariales élevées, les entreprises publiques ne contribuent qu'à 10,5 % de la valeur ajoutée nationale. Pire encore, leurs résultats financiers sont souvent déficitaires, en dépit d'effectifs conséquents dans certaines branches stratégiques. Ces entreprises constituent également une source majeure de transferts budgétaires et de subventions publiques, pesant lourdement sur les finances de l'État.

Le secteur privé : moteur de la création de richesse

À l'inverse, le secteur privé se révèle être le véritable moteur économique du pays. Il génère près de 58,7 % de la valeur ajoutée nationale, assure plus de 79 % de l'investissement des entreprises, et emploie environ 43 % de l'emploi formel. Cette performance témoigne d'une productivité nettement supérieure, et ce malgré des rémunérations moyennes plus faibles.

L'équation est claire : le secteur privé réussit à créer plus de richesse avec des ressources humaines plus nombreuses mais moins coûteuses, tandis que le secteur public cumule salaires élevés et faible rendement économique.

Contribution fiscale : qui finance réellement l'État ?

Le déséquilibre entre les deux secteurs se manifeste également dans leur contribution respective aux finances publiques.

Le secteur privé assure environ 53 % des recettes fiscales de l'État à travers l'impôt sur les sociétés, la TVA et l'impôt sur le revenu prélevé à la source. Cette contribution massive intervient malgré une base d'entreprises déclarantes en légère réduction, signalant une fragilité croissante de l'assiette fiscale.

Les entreprises publiques, quant à elles, n'apportent pas de recettes fiscales comparables. Au contraire, elles alourdissent le déficit budgétaire, représentant en moyenne plus de 22 % du déficit de l'État.

Le paradoxe est frappant : le secteur privé finance non seulement sa propre croissance, mais supporte également une part substantielle du budget national, tandis que le secteur public constitue une charge nette pour les finances publiques.

Un déséquilibre qui pèse sur la croissance

Au-delà des chiffres, le Rapport National sur l’Entreprise 2025 met en lumière une fracture structurelle du modèle économique tunisien. D’un côté, un secteur public protégé, à coûts élevés et à performance limitée ; de l’autre, un secteur privé faiblement rémunéré mais qui assure l’essentiel de la croissance, de l’investissement et des recettes fiscales. Ce déséquilibre dépasse la seule dimension budgétaire : il affecte la dynamique économique et sociale du pays. Tant que la rémunération dans le secteur public restera déconnectée de la productivité et que le secteur privé continuera à supporter la majeure partie de l’effort économique, les tensions sur la soutenabilité du modèle tunisien persisteront.

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