Micro‑entreprises en Tunisie : un frein à la croissance durable

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refka tbini déc. 30, 2025, 3:00 PM

Le Rapport National sur l’Entreprise 2025 de l’IACE révèle un constat préoccupant : les micro-entreprises dominent le paysage économique tunisien par leur nombre, mais leur impact économique reste limité. Faible contribution à l’emploi formel, participation dérisoire aux recettes fiscales et création de valeur insuffisante traduisent une économie fragmentée, composée de milliers de petites unités incapables de grandir.

Une présence massive, un impact limité

Les micro-entreprises constituent l’écrasante majorité du tissu productif tunisien, représentant près de 87 % des entreprises employeuses, mais leur impact reste limité, puisqu’elles ne contribuent qu’à 17,8 % de l’emploi salarié formel et à 3 % des impôts directs.

Ce déséquilibre révèle une économie fragmentée, où abondance rime avec fragilité. Loin de créer des emplois stables ou de générer une valeur significative, ces structures survivent souvent dans un modèle de subsistance, incapable d’évoluer vers des PME structurées capables de soutenir la croissance et l’investissement productif.

Les obstacles qui bloquent la croissance

L'accès au financement reste un parcours du combattant. Les banques considèrent les micro-entreprises comme trop risquées, les privant du capital nécessaire pour investir et se développer.

La concurrence de l'informel fausse le jeu. Les structures qui tentent de se formaliser se retrouvent désavantagées face à des concurrents qui échappent aux charges fiscales et sociales.

L'absence d'écosystèmes intégrés isole les petites entreprises. Contrairement à d'autres pays, la Tunisie ne dispose pas de grandes entreprises capables de les entraîner dans leurs chaînes de valeur et de les faire monter en gamme.

Les conséquences : un cercle vicieux

Cette situation crée un cercle vicieux. Les micro-entreprises, incapables de grandir, restent coincées dans une économie de subsistance. Elles ne peuvent ni investir dans l'innovation, ni offrir des salaires attractifs, ni créer des emplois durables. Au lieu de bâtir des carrières structurées, elles multiplient les petits boulots précaires.

Pour l'économie nationale, les conséquences sont lourdes. Une productivité qui n'augmente pas, une base fiscale qui s'érode, et une incapacité à générer la croissance nécessaire pour répondre aux attentes d'une population jeune en quête d'opportunités.

Le rapport met en évidence une tendance inquiétante : entre 2023 et 2024, le nombre d’entreprises déclarantes est passé de 113 137 à 103 756, enregistrant une baisse de 8,3 %. Cette érosion illustre la fragilité croissante du tissu économique formel et confirme que le modèle actuel ne favorise pas une croissance durable.

Transformer les micro‑entreprises en moteurs de croissance

Pour sortir de l’impasse, l’IACE propose de favoriser la montée en gamme des micro-entreprises plutôt que de se concentrer sur leur nombre. Cela passe par un accès facilité au financement, un accompagnement technique et des incitations fiscales ciblées. Il est aussi essentiel de créer des écosystèmes intégrés, où les grandes entreprises entraînent les petites dans leurs chaînes de valeur pour développer compétences et marchés. Enfin, la lutte contre l’informalité et la relance de l’investissement productif dans les secteurs stratégiques sont indispensables pour générer de la valeur ajoutée et des emplois durables.

Un choix économique crucial

La domination des micro-entreprises n'est pas une fatalité, mais le résultat de politiques favorisant la quantité plutôt que la qualité. Les 87 % de micro‑entreprises représentent aujourd'hui un choix : continuer à multiplier les structures fragiles ou investir dans leur transformation en véritables moteurs de croissance. La question n'est plus de savoir combien d'entreprises la Tunisie peut créer, mais combien elle peut faire grandir.

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