Jusqu’aujourd’hui, vos données personnelles et financières étaient détenues séparément et non accessibles par votre banque, compagnie d’assurance, intermédiaire en bourse, leasing, poste etc. Avec l’Open Finance, c’est vous (citoyens/entreprises) qui détenez la clé ! Vous êtes libres de les partager (ou non) avec des prestataires financiers qui viennent les assembler, combiner et enrichir en un panier unique (produit/service), mieux adapté à votre vie et à vos projets. Les données circulent, les services s’assemblent, et se mettent au service de l’inclusion.
L’Europe a ouvert la voie avec la directive PSD2, premier déclencheur d’un accès par API (interfaces de programmation) aux données de comptes et paiements. L’Open Finance est la seconde vague qui va plus loin : elle englobe l’épargne, le crédit, la retraite, l’assurance, les investissements, et jusqu’à des données non financières (factures STEG, historique de télécoms) qui affinent la connaissance client.
Dans les économies émergentes, et plus encore en Méditerranée et au Moyen-Orient, l’accès au financement est trop souvent conditionné par des modèles bancaires linéaires. L’Open Finance, lui, agit comme un réagencement silencieux : il ouvre les flux de données jusque-là verrouillés et place les usagers — particuliers, entrepreneurs, institutions — au centre du dispositif.
Ce n’est pas une simple tendance technologique. C’est une refonte de la mécanique de confiance : chaque donnée, dès lors qu’elle est partagée de manière volontaire et sécurisée, peut devenir un élément fiable de décision pour octroyer un crédit, ajuster une prime d’assurance, ou valider un investissement.
Le Global Findex 2025 (Banque mondiale) rappelle que 1,3 milliard d’adultes restent exclus des services financiers formels, malgré un taux global de possession de compte avoisinant 79 %. En MENA (hors pays à haut revenu), ce taux chute sous les 50 %. En Tunisie, un tiers des adultes reste sous-bancarisé, malgré un paysage sur bancarisé et pauvre en alternatives.
Ce déficit d’inclusion n’est pas une fatalité, l’Open Finance permet d’intégrer des données alternatives (paiements mobiles, factures, transactions communautaires) pour rendre visibles ceux qui étaient exclus des critères classiques, rendant ainsi, via les comportements transactionnels, éligibles au crédit des profils jusqu’ici invisibles pour les banques.
Au Kenya, les données de M-Pesa (service de paiement et de microfinance) ont été utilisées pour financer des millions de micro-entrepreneurs… Pour la jeunesse tunisienne ça pourrait être un catalyseur potentiel : un outil pour franchir les barrières de l’accès initial au capital.
Crowdfunding, prêt pair-à-pair, assurance mutualisée… tous ces modèles tirent parti de l’Open Finance. Les données en temps réel alimentent l’évaluation des projets, réduisent les risques, et rassurent les investisseurs :
Crowdfunding : le marché mondial pèse près de 17,7 milliards USD en 2024, et croît de plus de 16 % par an (mais reste presque inexistant dans nos contrées). Des études ont démontré qu’avec des données ouvertes, le taux de réussite des campagnes s'améliore (15 à 25 points) renforçant ainsi la confiance de l'épargnant...
Finance verte : traçabilité des flux et mesure d’impact (carbone, social) renforcent l’attractivité auprès des fonds durables.
Fintech : freinées par l’insuffisance de données exploitables, les fintechs tunisiennes tardent à percer au niveau national et régional. L’Open Finance offre ici un multiplicateur de confiance.
Pour la Tunisie, l’Open Finance n’est pas une simple mise à niveau technologique : c’est une opportunité historique de se positionner comme hub régional de la fintech et de la finance inclusive.
En construisant un cadre réglementaire intelligent — à la croisée des meilleures pratiques internationales (PSD2/PSD3 en Europe, Brésil, Inde) et des spécificités socio-économiques tunisiennes — le pays peut ouvrir un véritable corridor financier MENA–Afrique–Europe, fluidifiant les échanges de capitaux et attirant les innovations.
La clé réside dans une alliance stratégique : réunir banques, fintechs, acteurs de la finance alternative et régulateurs autour de plateformes partagées. Ces infrastructures doivent permettre de valoriser la donnée locale — y compris celle issue de l’économie informelle — pour créer des produits adaptés, réduire le coût du risque et démocratiser l’accès au financement.
En associant inclusion, souveraineté des données et mesure d’impact, la Tunisie peut transformer ses fragmentations actuelles en un écosystème agile et compétitif.
L’Open Finance est l’infrastructure discrète mais décisive qui permet aux économies émergentes de sauter des étapes. Associée à la finance alternative et à une régulation agile, elle peut transformer les contraintes structurelles en avantages compétitifs.
Le vrai enjeu n’est pas technique : il est institutionnel et sociétal. Il s’agit de bâtir une finance plus ouverte, inclusive et résiliente, qui rende aux usagers le pouvoir sur leurs données et mobilise le capital là où il produit le plus d’impact.