L'Institut Arabe des Chefs d'Entreprises (IACE) a récemment publié un rapport alarmant sur les conséquences économiques de la fermeture du poste frontalier de Ras Jedir entre la Tunisie et la Libye. Selon ce document, les pertes en termes de revenus d'exportations sont estimées à 180 millions de dinars, avec la possibilité d'atteindre 300 millions de dinars d'ici la fin de l'année si la situation persiste.
L'IACE souligne l'importance cruciale de ce point de passage pour l'économie tunisienne. Le rapport indique que les exportations tunisiennes vers la Libye ont connu une croissance remarquable, augmentant d'environ 55% entre 2017 et 2023, passant de 1195 millions de dinars à 2650 millions de dinars. L'institut note que la Tunisie aspirait même à atteindre un volume d'exportations de 4860 millions de dinars d'ici 2025, un objectif désormais compromis par la fermeture prolongée du poste.
Le document révèle qu'en 2023, le volume des exportations transitant par Ras Jedir a atteint 480 millions de dinars, représentant environ 18% du total des exportations tunisiennes vers la Libye. L'IACE liste les principaux produits exportés, incluant le ciment, les produits agricoles, les matériaux de construction, ainsi que d'autres produits manufacturés tels que le shampoing et les couches pour enfants.
L'institut met en lumière l'impact significatif de cette fermeture sur les entreprises dépendant de ce marché pour leurs activités, particulièrement dans les secteurs des matériaux de construction, des produits agricoles et des produits manufacturés. Le rapport exprime des inquiétudes quant aux conséquences sur l'emploi et la stabilité économique dans la région sud de la Tunisie.
Un autre aspect important soulevé par l'IACE concerne l'économie informelle et la contrebande. Citant une étude de la Banque mondiale, le rapport estime le volume du commerce parallèle transitant par Ras Jedir à environ 600 millions de dinars par an. L'IACE précise que le commerce de carburant représente une part importante de cette activité, constituant 10% de la valeur des ventes et 30% des bénéfices.
Le document note que bien que la fermeture ait réduit le contrôle du commerce parallèle dans la zone, elle a également provoqué une intensification de ces activités via la frontière algérienne. L'IACE souligne que l'économie informelle et la contrebande privent l'économie tunisienne d'environ 1200 millions de dinars de revenus potentiels.
Face à cette situation, l'institut appelle à trouver des solutions en coordination avec les autorités libyennes. Il recommande de faciliter le passage à travers le poste frontalier, de garantir la fluidité des échanges commerciaux et de renforcer la coopération économique entre les deux pays. L'IACE suggère également d'améliorer les infrastructures, de créer des plateformes électroniques pour simplifier les procédures douanières, et d'offrir des incitations aux petites et moyennes entreprises du sud tunisien pour investir dans la région.