Le secteur bancaire tunisien a affiché une performance remarquable en 2023, comme le révèle le rapport d'activité de la Banque Centrale de Tunisie. Le résultat net sectoriel a atteint un niveau impressionnant de 1,521 milliard de dinars tunisiens (MDT), marquant une progression significative de 26,0% par rapport à l'année précédente, soit une augmentation de 314 MDT. Cette croissance robuste témoigne de la résilience et du dynamisme du système bancaire tunisien face aux défis économiques actuels.
Au cœur de cette performance se trouve le Produit Net Bancaire (PNB) du secteur, qui a enregistré une augmentation de 8,9% par rapport à 2022, s'établissant précisément à 7,617 milliards de MDT, soit une hausse de 624 MDT. Cette progression, bien que légèrement inférieure à la hausse de 12,3% observée l'année précédente, reste néanmoins solide.
Plusieurs facteurs ont contribué à cette croissance du PNB. La marge d'intérêts a connu une hausse de 8,4%, passant de 3,497 milliards MDT en 2022 à 3,789 milliards MDT en 2023, soit une augmentation de 292 MDT. Cette hausse a été stimulée par le relèvement du taux directeur de 75 points de base décidé fin 2022. Les revenus du portefeuille-titres d'investissement ont affiché une forte croissance de 26,3%, passant de 1,224 milliard MDT à 1,546 milliard MDT, soit une augmentation de 322 MDT. Cette progression est principalement attribuée aux intérêts sur les bons du Trésor. Les commissions nettes ont également progressé, quoique plus modestement, de 4,3%, s'établissant à 1,503 milliard MDT en 2023, contre 1,441 milliard MDT en 2022, soit une hausse de 62 MDT. On note cependant une légère baisse des gains sur portefeuille-titres commercial de 6,3%, passant de 831 MDT à 779 MDT.
La structure du PNB a connu des changements subtils mais significatifs. La part de la marge d'intérêts a légèrement diminué, passant de 51,9% en 2021 à 49,8% en 2023, tandis que la part des revenus du portefeuille-titres d'investissement a augmenté, passant de 16,2% en 2021 à 20,3% en 2023.
Malgré une augmentation des charges opératoires de 8,7%, passant de 3,142 milliards MDT à 3,416 milliards MDT (soit une hausse de 274 MDT), incluant une hausse de 8,9% de la masse salariale (qui est passée de 2,148 milliards MDT à 2,340 milliards MDT), le secteur a maintenu son efficacité opérationnelle.
Un élément positif supplémentaire est la diminution des dotations nettes aux provisions et résultat des corrections de valeurs sur créances, hors bilan et passif, qui ont baissé de 12,3%, passant de 1,630 milliard MDT en 2022 à 1,430 milliard MDT en 2023, soit une réduction de 200 MDT. Cette baisse suggère une amélioration de la qualité des actifs du secteur bancaire.
Ces résultats témoignent de l'adaptabilité du secteur bancaire tunisien face aux défis économiques actuels. La hausse significative des revenus du portefeuille-titres d'investissement, passant de 16,2% du PNB en 2021 à 20,3% en 2023, révèle une évolution stratégique des banques en réponse aux besoins croissants du Trésor pour financer le déficit budgétaire. Cette réorientation vers les bons du Trésor a permis aux banques d'améliorer leur rentabilité dans un contexte de hausse des taux d'intérêt, tout en diversifiant leurs sources de revenus.
Néanmoins, cette tendance soulève des questions sur la durabilité à long terme de cette stratégie. Le rapport de la Banque Centrale de Tunisie met probablement en lumière la nécessité pour les banques de maintenir un équilibre prudent entre le financement du secteur public et le soutien au secteur privé. La gestion rigoureuse des risques associés à une exposition accrue à la dette publique, ainsi que l'adaptation continue aux évolutions de l'environnement économique, demeurent cruciales. Les banques doivent rester vigilantes pour préserver la stabilité du secteur tout en contribuant au financement de l'économie réelle, afin de maintenir une trajectoire de croissance équilibrée dans les années à venir.